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Ce qui se cache vraiment derrière le revenu 
des agriculteurs

02/07/2021

Le (misérable) revenu des agriculteurs fait couler beaucoup d’encre. Les cabinets membres du groupement AGIRAGRI savent que la réalité est plus complexe que les chiffres mis en avant dans la presse. Pour la première fois - et en exclusivité - pour A Vrai Lire, ils ont travaillé avec l’équipe du Rica pour y voir plus clair. 

Le réseau d’information comptable agricole (Rica) est un des plus gros travaux statistiques du Ministère de l’agriculture. C’est une enquête réalisée chaque année dans tous les pays européens pour mesurer l'impact des politiques agricoles sur le revenu des agriculteurs. En France, il réunit les comptabilités de 7 500 exploitations agricoles. Ce n’est pas une mince affaire car les méthodes de comptabilisation peuvent être différentes d’un cabinet comptable à l’autre alors que toutes les comptabilités du Rica doivent être harmonisées avec les mêmes normes européennes.
Les chiffres les plus récents sont ceux de l’exercice 2019, publiés en décembre 2020. Ils sont souvent utilisés pour comparer les résultats moyens par secteur de production alors que l’on sait pertinemment que les résultats économiques sont au moins tout aussi liés au capital détenu et à la forme de commercialisation qu’au type de production réalisé.

Les questions posées par A Vrai Lire

  • Le Rica serait représentatif de 300 000 exploitations agricoles. Or les chiffres du recensement ou des enquêtes structures donnent une estimation d’environ 440 000. La différence n’est pas négligeable et mériterait un éclaircissement.
  • On a tendance à polariser les résultats des entreprises agricoles sur le revenu moyen. Est-ce l’indicateur le plus pertinent ?
  • Les catégories les plus utilisées pour classer les exploitations agricoles sont les orientations techniques (Otex). Cela signifie que la principale production agricole de l’exploitation est l’élément essentiel de différentiation. Or, il y a en effet plus de disparités dans chacune des Otex qu’entre les Otex. Y aurait-il des critères plus pertinents pour définir des catégories d’exploitation ?

Qui est agriculteur ?

Faute de pouvoir disposer d’informations sur le chiffre d’affaires réel des entreprises agricoles, on doit se contenter de la Production Brute Standard (PBS). C’est un peu une vue d’avion ! On compte les hectares, les vaches et les poulets et on affecte à chaque hectare de culture ou à chaque animal une valeur de production standard.

  • Parmi les 440 000 exploitations recensées, 140 000 ont une PBS annuelle inférieure à 25 000 €. Elle est en moyenne de 8 100 €, soit environ 1 400 € par an de résultat courant. Il s’agit pour la grande majorité d’activités de complément pour des retraités, des doubles actifs. Cette catégorie ne produit que moins de 2 % de la PBS totale.
  • Sur les 300 000 exploitations couvertes par le Rica, 60 000 réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 82 800 €, le seuil des micro-exploitations agricoles. Leur PBS, de 65 000 € en moyenne, représente 6,4 % de la PBS française.

Les 240 000 restantes se répartissent en 96 000 exploitations individuelles et 144 000 sociétés. Les premières ont une PBS moyenne de 155 000 € et assurent environ le quart de la production agricole de notre pays (24,4 %). Les 144 000 sociétés (Gaec, EARL, SA …) ont une PBS moyenne de près de 300 000 €  (292 000). Elles réalisent plus des deux tiers de l’activité totale (68,4%).
Mais on voit bien que ce ne sont pas pour autant de grandes entreprises et encore moins des firmes. Les 19 000 plus grandes exploitations ont un chiffre d’affaires moyen inférieur à un million d’euros et emploient moins de 6 unités de travail. Dans cette catégorie, il n’y aurait que 167 exploitations dont la PBS dépasserait 3 millions €.

Le résultat courant avant impôt est un indicateur très partiel

Par analogie avec le monde des salariés, il a semblé pertinent de considérer le résultat courant avant impôts comme un salaire et même de le mensualiser comme cela a été le cas dans le communiqué de la MSA évoquant qu’un tiers des exploitants avaient moins de 300 € par mois.
C’est oublier qu’il s’agit d’entreprises qui doivent réaliser des investissements qui constituent le capital de cette entreprise. Or l’activité agricole nécessite plus de capital que la plupart des activités artisanales. Ce capital est constitué de capitaux propres et des emprunts accordés par les banques. Les capitaux propres sont en quelque sorte une rémunération différée dans le temps qui n’est réalisable qu’en cas de vente de l’exploitation ou de succession. Dans le Rica, le résultat courant avant impôts est de 42 000 € par exploitation. Mais ce résultat n’est pas suffisant pour apprécier la situation. Il faut regarder d’abord les deux indicateurs les plus pertinents que sont l’excédent brut d’exploitation (EBE) – il est en moyenne de 76 000 € par exploitation en 2019 – et la valeur ajoutée (VA) qui est de 74 000 €. Mais il faut y réintroduire les subventions de 30 000 € par exploitation qui sont en quelque sorte une reconnaissance de la société pour permettre des prix inférieurs au coût de revient. Cela permet ensuite aux exploitants de faire des prélèvements pour les besoins de la famille (39 000 € pour 1,39 unités de travail non salarié) et de nouveaux investissements (29 000 €) pour améliorer la productivité. Ces derniers expliquent l’importance des capitaux propres. Ils sont en moyenne de 268 000 € par exploitation en 2019. Mais, les terres agricoles appartenant à l’exploitant ne sont généralement pas inscrites au bilan. Cet élément de patrimoine de l’exploitant n’est donc pas compris dans ce montant. L’exploitant peut dégager un revenu non agricole (foncier) de la location de ses terres à sa société.

Les Otex ne sont pas des catégories très pertinentes pour expliquer les revenus

Les exploitations agricoles se sont agrandies et spécialisées pour augmenter leur productivité. Elles se sont souvent organisées professionnellement dans le cadre de filières par produit. Il a alors semblé naturel de définir les catégories d’agriculteurs en fonction de leur activité principale. C’est parfaitement logique pour les accompagner pour la formation et les conseils techniques mais il serait bien étonnant que le revenu d’une entreprise dépende essentiellement du type de production. Nous avons demandé au Rica un classement des exploitations en fonction du niveau de chiffre d’affaires (CA) et du montant d’EBE.
Si l’on classe les exploitations d’après leur EBE ou leur CA, on parvient à la même conclusion. Les exploitations qui ont les meilleures performances globales sont celles qui ont le plus de capitaux propres, ce qui leur donne souvent une capacité d’emprunt supérieure. Ainsi si en moyenne les capitaux propres sont de 268 000 € en 2019 et des emprunts de 124 000 €, la situation est très différente pour chaque type d’exploitation :
Pour les exploitations qui ont un CA inférieur à 82 800 € les chiffres sont très inférieurs avec 133 000 € de capitaux propres et 21 000 d’EBE, des prélèvements privés de 13 000 € pour une unité de travail non-salarié et des investissements de 7 000 €.
A l’autre bout du spectre, pour les 19 000 plus grandes exploitations qui ont un CA supérieur à 800 000 €, les capitaux propres sont de 732 000 € en moyenne avec une capacité d’emprunt de 495 000 €. Cela leur permet d’obtenir un EBE de 295 000 € et donc de prélever 145 000 € pour 2,1 unités de travail non-salarié et de consacrer 116 000 € aux investissements.
Si l’on classe les exploitations du Rica en fonction de leur EBE, on constate le même phénomène. Les 42 000 exploitations qui ont moins de 20 000 € d’EBE ont 121 000 € de capitaux propres et un EBE moyen de 12 000 €. Cela leur permet de prélever seulement 9 500 € pour 1,1 unité de travail non-salarié.
En revanche, les 36 000 exploitations agricoles qui ont un EBE supérieur à 150 000 € ont 626 000 € de capitaux propres et la possibilité d’accéder à des emprunts de 372 000 €. Cela leur permet des prélèvements privés de 125 000 € pour 2 unités de travail non-salarié et de consacrer 82 000 € aux investissements.
Comme dans toutes les entreprises des autres secteurs, ce n’est pas seulement le type de production qui détermine les résultats économiques mais également l’importance du capital et la capacité de gestion.

Voir ici le tableau RICA Chiffres clés


Une enquête réalisée par Lucien Bourgeois
grâce aux tableaux statistiques extraits par Olivier Louveau,
responsable de l’équipe RICA au Ministère de l’agriculture.
Les propos tenus n’engagent que son auteur.

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